Bulletin d'information

de la Fédération Française du Milieu Montagnard

Fondée en 1978 sous l'appellation Fédération Française de la Moyenne Montagne.

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N° 142

 

Sauvons les abeilles

 

 

 

Pour de multiples raisons liées à leur évolution, plus de 80 % des plantes à fleurs du monde dépendent pour leur reproduction et leur survie du travail de pollinisation extraordinaire accompli par les abeilles. Sans abeilles, pas de fruits ni de légumes, ni tout un tas d’autres cultures dont nous dépendons directement pour notre alimentation. Et pas non plus de tilleuls, de châtaigniers, d’églantiers, de centaines d’espèces d’arbres, de buissons et de plantes... sans parler de toute la chaîne d’animaux qui en dépendent directement pour leur survie.

 

Voici pourquoi l’éventualité de leur disparition doit être prise très au sérieux. La fin des abeilles signifierait la fin des écosystèmes que nous connaissons aujourd’hui.

 

Comment empêcher ce cataclysme silencieux ?

 

La solution américaine : l’apiculture industrielle pour résoudre les problèmes causés par l’agriculture industrielle. Aux États-Unis, où le nombre d’abeilles et de bourdons a chuté de façon exceptionnelle ces dernières années, la production agricole est menacée par la rareté des pollinisateurs.

A la saison où les milliers d’hectares d’arbres fruitiers plantés en Californie explosent en bouquets de fleurs roses et blanches, des centaines de semi-remorques chargés jusqu’à la gueule de ruches empilées les unes sur les autres sur dix étages convergent de tous les coins du pays vers les arbres à polliniser. Les apiculteurs les disposent par petits paquets au milieu des amandiers et des cerisiers, dont la production chuterait de 40% en l’absence des ces pollinisateurs importés.

C’est un service qui se paye, et de plus en plus cher, les apiculteurs perdant à chaque fois près de 50 % de leurs abeilles dans ce festin empoisonné (jusqu’à 24 pulvérisations des pesticides par an pour certains arbres fruitiers). Ce prix à payer est bien sûr intégré aux coûts de production des apiculteurs.

Le reste de l’année, les apiculteurs le consacrent à reconstituer leurs ruches, en important des reines et des essaims de l’étranger, ou en pratiquant l’insémination artificielle de reines à tours de bras.

Problème : l’érosion génétique des colonies, et l’impossibilité pour les abeilles d’évoluer naturellement et de s’adapter aux maladies qui, elles, évoluent d’autant plus vite que les colonies d’abeilles sont de plus en plus confinées les unes sur les autres, comme dans des élevages en batterie. Pour résister, les essaims sont traités systématiquement à coups d’antibiotiques à large spectre qui accélèrent l’évolution des parasites et des pathologies qui touchent les abeilles. Résultat : Monsanto vend des essaims pour repeupler les ruches, et Bayer vend les médicaments pour essayer de soigner les maladies qui déciment les abeilles.

 

Le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles

 

Les disparitions d’abeilles ne sont pas un phénomène nouveau. Elles ont été régulièrement observées et décrites localement depuis 1896. Mais un phénomène plus important et généralisé semble toucher les abeilles domestiquées depuis la fin des années 1990. (Les autres espèces sont à peine étudiées et encore moins surveillées !)

On a pu observer au cours des sept dernières années des taux de mortalité inexplicablement élevés parmi les populations d’abeilles, un phénomène baptisé "Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles" (Colony Collapse Disorder, ou CCD). Des colonies apparemment saines s’effondrent soudainement, abandonnant le couvain (les larves) et les réserves de nourriture, et laissant parfois seulement la reine dans la ruche.

Ce syndrome est jugé très préoccupant par les apiculteurs eux-mêmes bien sûr, mais aussi par de nombreux économistes et de plus en plus d’experts scientifiques, en raison de l’importance écologique et économique des abeilles. L’abeille est généralement considérée comme une "sentinelle" révélatrice de l’état de l’environnement, en raison de sa présence presque partout sur la terre, de sa capacité à collecter, via le pollen et le nectar, des doses infimes de polluants et aussi bien sûr parce qu’elles sont observées de près par les apiculteurs eux-mêmes dont la survie dépend de la santé des ruches.

La ou les causes(s) précises(s) du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles n’ont pas encore été officiellement identifiées. Un certain nombre de facteurs sont considérés comme contribuant à ce déclin, y compris l’émergence de nouveaux virus et le changement du climat. Mais il y a des indications claires selon lesquelles les pratiques agricoles modernes, en particulier la prédominance de fermes en monocultures et leur dépendance vis-à-vis des pesticides pourraient en être un élément-clé.

L’hypothèse selon laquelle les pesticides neurotoxiques joueraient un rôle déterminant rencontre un soutien croissant parmi les scientifiques et les membres de la communauté des apiculteurs. De fait, les données disponibles semblent présenter une corrélation élevée entre les pays rencontrant les pertes d’abeilles les plus importantes et ceux utilisant le plus de pesticides.

Un exemple de taux de mortalité élevés parmi les abeilles en France a été démontré comme étant le résultat de l’enrobage de pesticides utilisé sur les graines de tournesol (jusqu’à l’interruption de cette pratique avec certains pesticides). Le pic des nouveaux effondrements de colonies d’abeilles s’est produit au printemps 2008 en France, en Allemagne, en Italie et en Slovénie, où une quantité élevée de pesticides neurologiques était présente dans l’air, suite à des semailles de semences traitées.

 

Un rapport sur la disparition des abeilles

 

Un rapport publié en mars 2011 par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le PNUE, rassemble et analyse les dernières données scientifiques sur l’effondrement des colonies d’abeilles. L’étude intitulée "Global Bee Colony Disorder and other threats to Insect Pollinators" détaille les multiples facteurs soupçonnés de décimer les populations d’abeilles à travers le monde.

-    En Europe, la baisse des colonies d’abeilles artificielles remonte au milieu des années 1960. Elle s’est accéléré depuis 1998, notamment en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne et au Royaume-Uni.

-    En Amérique du Nord, depuis 2004, la disparition des colonies d’abeilles domestiques a atteint des niveaux préoccupants. Le niveau des populations de ces pollinisateurs n’a jamais été aussi bas qu’au cours de ces 50 dernières années.

-    Les apiculteurs chinois qui gèrent des espèces occidentales et orientales d’abeilles, ont récemment noté plusieurs signaux inexplicables et complexes d’altération des colonies, et ce pour les deux espèces.

-    Un quart des apiculteurs japonais ont récemment été confrontés à la perte subite de leurs colonies d’abeilles.

-    En Afrique, les apiculteurs qui exercent le long du Nil égyptien ont également déclaré avoir remarqué des signes précoces d’effondrement des colonies d’abeilles, même si à ce jour il n’y a pas d’autres réelles preuves confirmées sur le reste du continent africain.

Au printemps 2007, un pic alarmant de disparition d’abeilles est jugé catastrophique par les spécialistes, menaçant la pollinisation de plusieurs cultures maraîchères et fruitières, aux États-Unis notamment. Les pommiers, mais aussi les amandiers, les avocatiers, les cerisiers, les oignons, les concombres, le coton, l’arachide, le melon, etc. dépendent à 90 %, voire à 100 % des abeilles pour leur pollinisation. Certains apiculteurs ont perdu 70% de leurs abeilles cette année-là.

En 2007, le taux de ruches abandonnées ou presque désertées atteignait 70 % voire 80 % dans les régions et pays les plus touchés. Un quart du cheptel des ruchers des États-Unis aurait disparu pendant le seul hiver 2006-2007, et 35 États auraient été touchés selon un rapport du Congrès américain de juin 2007.

En Europe, de nombreux pays ont annoncé des pertes importantes (France, Belgique, Italie, Allemagne, Suisse, Espagne, Grèce, Portugal, Pays-Bas, dès l’an 2000. Dans les ruchers les plus touchés, jusqu’à 90% des abeilles ont disparues.

 

 

Les pesticides

 

De nombreux apiculteurs et scientifiques pensent qu’une nouvelle classe d’insecticides, les pesticides, ont permis des hausses de productivité, et des rendements exceptionnels dans les décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale.

Ils ont permis entre autres à la France de devenir une puissance agricole de premier plan, d’accumuler des stocks de céréales (jusqu’à trois ans de réserves à une époque), de bannir l’angoisse de la famine et des disettes..

L’emploi massif de ces pesticides correspondent à l’essor d’une agriculture intensive, agro-industrielle et massivement subventionnée, qui s’est développée aux États-Unis et un peu partout à travers le monde, et chez nous en France et en Europe à l’abri du marché très protégé de l’Union Européenne.

Profitant de cette source intarissable de financements publics, des firmes agrochimiques ont prospéré, se développant sans cesse jusqu’à devenir d’énormes multinationales - de véritables empires chimiques et agro-industriels, capables d’influencer la politique agricole commune dans le sens de leurs intérêts, et sécurisant pour eux des marchés de plusieurs milliards d’euros annuels dans certains gros pays agricoles.

Or, jusqu’en 2006, la France est restée le deuxième consommateur mondial de pesticides - juste derrière les États-Unis qui ont pourtant une surface cultivée quasiment dix fois plus grande. Notre pays a été, et reste encore, un véritable Eldorado pour les multinationales agrochimiques.

 

 

Comment agir ?

 

1. Lutter contre tous les phénomènes responsables de la disparition des abeilles :

Campagnes d’alerte et de pression auprès des responsables politiques pour faire interdire toutes les sortes d’insecticides tueurs d’abeilles déjà répertoriés.

Obtenir d’urgence la révision des procédures d’évaluation des pesticides au niveau français et européen, pour que les autorités sanitaires prennent enfin la mesure des nouvelles études récemment publiées sur le sujet.

2. Créer un vaste réseau de conservatoires d’abeilles :

En créant des conservatoires d’abeilles noires dans toutes les régions de France, Pollinis entend recréer un habitat naturel propice au développement des abeilles. Les abeilles locales, dites "abeilles noires", sont favorisées, car ce sont elles qui, quoique vivant en France depuis des siècles, subissent le plus fort déclin ces dernières années.

Chaque rucher conservatoire est composé de petits groupes d’une dizaine de ruches disposées en différents spots sur un vaste terrain protégé permettant de cultiver de nombreuses espèces de fleurs et de plantes locales, de fruits et légumes, qui sont autant de pollens variés qui seront butinés par les abeilles.

3. Restaurer une riche diversité sur ces terrains et dans les campagnes :

L’agriculture intensive a engendré une profonde modification du paysage et de la diversité des espèces de plantes à fleurs réparties sur le territoire. La pratique répandue de la monoculture notamment, ainsi que l’optimisation de chaque m² de terrain à cultiver qui a entrainé une disparition des haies et une raréfaction des fleurs des champs qui bordaient traditionnellement les cultures, sont causes d’appauvrissement de la nourriture des abeilles.

Or, une étude de l’INRA publiée en janvier 2010 montre que les abeilles ont besoin d’un régime alimentaire varié, avec un mélange de pollens provenant de différentes fleurs, pour produire l’enzyme avec laquelle elles fabriquent leurs propres antiseptiques, leur permettant de stériliser toute la colonie et prévenir les maladies à l’intérieur de la ruche. L’appauvrissement de leur nourriture affaiblit leur système immunitaire et les rend plus vulnérables aux parasites. C’est pourquoi Pollinis attache beaucoup d’importance à la diversité des cultures environnant les ruches.

Fleurs des champs, arbustes sauvages, mais aussi fruits et légumes anciens qui ne sont plus cultivés aujourd’hui (crosne, rutabagas, salsifis, scorsonères...), tout en préservant la nourriture traditionnelle des abeilles. Pollinis veut sauvegarder l’agriculture ancestrale pour faire redécouvrir à l’Homme les saveurs d’antan qu’il a oubliées.

 

 

L'association POLLINIS

 

POLLINIS est une association européenne indépendante et sans but lucratif qui milite pour sortir l’Europe du système agricole intensif actuel en luttant contre le tout-pesticide et pour la protection des pollinisateurs, notamment les abeilles.

Elle agit pour accélérer la transition vers une agriculture durable, c’est-à-dire capable de couvrir nos besoins alimentaires et rentable pour les agriculteurs, tout en préservant la qualité des produits, notre santé, et l’environnement.

Fondée en 2012 par quelques citoyens engagés et bénévoles, l’association rassemble aujourd’hui plus d’un million de sympathisants à travers l’Europe et plus de 14 000 donateurs qui garantissent son indépendance absolue. Son équipe organisatrice comprend une dizaine de personnes : des ingénieurs agronomes, des chargés de projets, des chercheurs, une juriste, des rédacteurs et des spécialistes du lobbying à Paris et à Bruxelles.

POLLINIS a adopté comme symbole une abeille sauvage, pollinisateur complexe et méconnu, qui est à la fois essentiel à l’agriculture et victime directe du système agricole intensif actuel.

http://www.pollinis.org/

 

 

 

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